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Histoire du fonds patrimonial

| Fondation de la bibliothèque | Papeteries et imprimeries | Collections patrimoniales | Legs au XIXe | Fonds charentais |

La fondation de la bibliothèque d’Angoulême

C’est en 1806 que fut formée la bibliothèque publique d’Angoulême. Elle était installée dans les bâtiments de l’école centrale proche de la chapelle de Beaulieu.

Elle fut transférée en 1828 dans les combles du Palais de Justice, puis en 1962 dans l’immeuble où elle est encore aujourd’hui au 1, rue Jean-Jaurès, dans le centre ville. Elle partage cet édifice avec le Bureau d’aide sociale de la ville, selon la volonté de Jean Fougerat (1863-1932), pharmacien angoumoisin qui fit fortune en commercialisant le sirop Rami et qui institua en 1934 le Bureau de bienfaisance de la ville d’Angoulême légataire universel de ses biens.

Une partie de sa fortune a permis de faire construire ce bel immeuble de style art déco et d’accueillir les fonds de la bibliothèque qui s’entassaient au Palais de Justice dans des conditions de conservation plus précaires. Le bâtiment fut construit par Roger Baleix (1885-1978), architecte charentais et conseiller municipal d’Angoulême. Il est orné de frises sculptées par Charles André Valère Juin (1885-1958), né à Paris de parents charentais et mort à Angoulême.

Une ville de tradition papetière

L’histoire d’Angoulême est intimement liée à celle de la papeterie depuis le début du XVIème siècle. Dès cette époque on fabriquait du papier dans des moulins installés sur des ruisseaux : la Boëme, les Eaux-Claires, la Charraud et la Touvre.
Au XVIIème siècle l’Angoumois est un grand centre de fabrication du papier, et sa réputation a attiré des fabricants étrangers, surtout des Hollandais.

Une industrie papetière importante et florissante ne pouvait que susciter des talents d’imprimeurs.

Introduite dès 1488 par Pierre Alain et André Cauvin l’imprimerie a connu une période de relative prospérité avec la création de l’atelier de Jean et Olivier de Minières qui, entre 1562 et 1602, ont publié une soixantaine d’ouvrages. La bibliothèque possède l’Engolismenses episcopi de Gabriel de La Charlonye, imprimé à Angoulême par Olivier de Minières en 1592.

En 1605, Jacques Le Paige s’établit à Angoulême comme typographe. On lui doit un Recueil en forme d’histoire de ce qui se trouve par escrit de la ville et des comtes d’Angoulême (1627). La bibliothèque possède la deuxième édition de cet ouvrage qui date de 1631.

Dès 1626, une autre imprimerie s’installa à Angoulême. Elle fut dirigée par Claude Rezé, puis par son fils. Il imprima en 1640 les poèmes de Paul Thomas, poète charentais. En 1688, Simon Rezé, imprima à Angoulême une Pharmacopoae engolismensis ex selectissimis remediorum, seul exemplaire connu de cette herboristerie.

Puis ce sont les Mauclair qui seront imprimeurs à Angoulême jusqu’en 1721. En 1651, Martial Mauclair édita, probablement sur l’ordre des Messieurs du corps de ville, l’ouvrage de Sanson : Les noms et ordres des maires, échevins et conseillers de la maison commune d’Angoulesme, depuis la concession des Privilèges de noblesse.

Au cours du XVIIIème siècle, la production des livres marque une régression. En effet seuls 19 volumes imprimés à Angoulême entre 1701 et 1789 sont répertoriés.

Les collections patrimoniales de la bibliothèque

Comme la plupart des bibliothèques publiques, les fonds originels se sont constitués grâce aux confiscations religieuses de la fin du XVIIIème siècle. Malheureusement la bibliothèque d’Angoulême ne recense que peu de ces ouvrages. On peut tout de même citer : La Bible qui est toute la saincte escriture du Vieil et du Nouveau testament : autrement l’Ancienne et la Nouvelle Alliance. Le tout reveu et conservé sur les textes Hébrieux et grecs par les pasteurs et professeurs de l’Eglise de Genève. Augmentée d’Indices nécessaires pour le contentement du lecteur, imprimée à Genève par Pierre et Jacques Chouet en 1637, et le Pontificale romanum Clementis VIII édité à Anvers par l’imprimerie Plantin en 1627. Ces deux volumes in-folio sont magnifiquement illustrés de gravures sur cuivre. Le mariage entre l’écriture du texte, les partitions de musique et les gravures est des plus heureux. Une édition de la Vulgate imprimée à Paris chez Jean Mariette en 1706, appartenait au couvent des Capucins d’Angoulême comme le prouve l’ex-libris manuscrit de la page de titre.

La bibliothèque conserve des collections enrichies au fil des temps : 134 manuscrits du XVIIème siècle au XXème siècle font partie du fonds. On déplore l’absence de manuscrits médiévaux. Certaines pièces sont tout de même intéressantes parmi elles les Mémoires sur la province d’Angoumois par M. J. Collain, curé de Saint Angeau (Charente). C’est un manuscrit du XVIIIème siècle qui donne une bonne description de la province à l’époque où il a été rédigé ; l’Histoire civile, chronologique et ecclésiastique d’Angoumois avant et depuis l’établissment de la monarchie française jusqu’à l’an 1816, dédiée à son altesse royale Monseigneur le duc d’Angoulême, grand amiral de France, par Louis Desbrandes, ancien maire d’Angoulême. Ces deux tomes manuscrits datent du XIXème siècle. Ils ont été donnés à la bibliothèque par Mme Desbrandes, conformément à la volonté testamentaire de son mari.

Citons encore l’Essay de Métaphysique Dans les Principes de B…de Sp[inoza] Composé par M.L.C.D.C/D.B.[oulainvilliers] et copié sur l’Original de l’Autheur au mois d’Aoust 1714. Cet essai de M. de Boulainvilliers fait partie d’une série de quatorze volumes reliés au maroquin, dorés sur tranche et rédigés d’une écriture parfaitement lisible et très plaisante.

Ce fonds compte aussi des manuscrits de scènes de théâtre datant de la fin du XIXème siècle et du début du XXème siècle rédigés par Georges Machenaud. Il s’agit en général de parodies de textes classiques : Corneille, Victor Hugo. Les titres sont éloquents : Le Don Juan charentais ou la Chute d’Elise, Le Supplice d’un gendre, La Chanson des yeux bleus.

La bibliothèque ne possède que 8 incunables. Parmi ceux-ci on peut citer le Second et le tiers volume de Froissart, Croniques de France, Dangleterre, Descoce, Despaigne, De Bretaigne, De Gascongne, De Flandres et lieux circunvoisins, imprimés à Paris chez Antoine Vérard (vers 1495) ; le Compendium Roberti Gaguini super Francorum gestis, imprimé en 1500 à Paris chez Thielman Kerver ; Le Rommant de la rose. Il semblerait que cette édition ait été imprimée avec les caractères dont Guillaume Leroy s’est servi à Lyon en 1485 dans le Doctrinal de Sapience. Cet ouvrage imprimé en caractères gothiques sur deux colonnes de 41 lignes en majorité est orné de gravures sur bois.

Des legs ont enrichi les fonds

Tout au long du XIXème siècle, les collections se sont enrichies grâce aux legs : ceux de MM. Gilson, Dupuy, Legrand. Ces bibliothèques encyclopédiques ne possèdent pas de pièces rares, mais elles ont permis de compléter les fonds existants.

En 1893, la bibliothèque reçut les 2 724 livres composant la bibliothèque de M. Mourier, vice-recteur de l’académie de Paris, qui les avait légués à la ville en souvenir de ses années d’études.

Dans les années 1980, le fonds ancien de la bibliothèque s’est enrichi grâce à l’apport des 2 068 ouvrages du legs Raymond Réthoré (1901-1986), député de la Charente de 1958 à 1978. Ce fonds comprend surtout des éditions classiques en français, latin, grec, datant pour la plupart du XVIIIème siècle. Une belle édition de 1750 des oeuvres complètes de Voltaire en 27 volumes, illustrée par Henri Gravelot côtoie une Bible en deux volumes in-folio agrémentée de nombreuses gravures au burin, la présence de légendes en latin, allemand gothique et français est à noter.

Un autre fonds est à signaler : celui de Sylvestre Abel Sazerac de Forge (1900-1979). Il appartenait à la célèbre famille angoumoisine des Sazerac de Forge dont l’un des membres fut maire de la ville en 1864. Après son décès, sa veuve légua une partie de la bibliothèque familiale à la ville. Les 5 000 ouvrages ont considérablement enrichi notre fonds ancien et local. Parmi les pièces importantes, citons L’Arpanterie d’Elie Vinet, imprimée à Bordeaux par Simon Millanges en 1577. C’est un petit ouvrage fort intéressant et pour lequel on prétend que c’est l’érudit charentais lui-même qui s’est fait représenter sur la page de titre.

Une acquisition particulière

En 1992, la Ville d’Angoulême organisa un certain nombre de manifestations pour célébrer le cinq centième anniversaire de la naissance de Marguerite d’Angoulême dans l’une des tours du château d’Angoulême. Au mois de juin de cette année-là, se vendit aux enchères à Paris les Marguerites de la Marguerite des Princesses. Cet ouvrage imprimé en 1547 à Lyon chez Jean de Tournes est l’oeuvre poétique de la soeur de François 1er. Le texte en deux parties est suivi d’un long poème intitulé La Coche illustré de vignettes sur bois du Petit Bernard. Cet ouvrage se présente dans une reliure en maroquin rouge du XIXe siècle que l’on doit à Chambolle Duru. Cette première édition d’une élégance typographique certaine fut établie par le valet de chambre de la reine Jean de La Haye.

La Bibliothèque ne pouvait pas sur son budget propre s’offrir un tel ouvrage. C’est pourquoi il fut décidé de lancer une souscription auprès des Angoumoisins pour compléter la subvention allouée par l’Etat. Les compatriotes de Marguerite de Navarre montrèrent un tel intérêt que la somme fut réunie rapidement et depuis cet ouvrage est l’une des pièces maîtresses de notre collection.

Le fonds charentais

La bibliothèque possède un fonds charentais important. Il se compose de 6 000 documents ayant trait à la région. On y trouve des ouvrages sur l’histoire, les coutumes, l’économie de la Charente, et des textes d’auteurs natifs ou ayant vécu dans le département. Ce fonds s’enrichit tous les ans de nouvelles publications. Des pièces importantes pour l’histoire locale se trouvent rassemblées. On peut citer les Coutumes du Païs et duché d’Angoumois, Aunis et gouvernement de La Rochelle, imprimé à Angoulême par Simon Rezé et Maurice Puinesge en 1720, et La Cosmographie universelle d’André Thévet, cosmographe du roi, imprimé à Paris chez Pierre l’Huillier en 1575.

Des textes d’auteurs plus contemporains tels que Jacques Chardonne, Jérôme et Jean Tharaud, sont conservés. La bibliothèque s’efforce de pérenniser leur souvenir en proposant à ses lecteurs l’intégralité de leurs oeuvres. Quelquefois, elle acquiert des éditions bibliophiliques de ces écrivains telles La Maîtresse servante de Jérôme et Jean Tharaud, illustré par Balande, édité à Paris par les éditions Lapina en 1924. De plus, cet ouvrage possède une très belle reliure mosaïquée.

On trouve en outre dans les collections de la bibliothèque des estampes, en particulier des gravures de personnages locaux, des monuments d’Angoulême et de la Charente : des portraits de Charles de Valois, duc d’Angoulême, des caricatures de Paul Déroulède, des vues de châteaux de Charente (La Rochefoucauld, Verteuil, Bouteville…) ou d’églises (cathédrale d’Angoulême, abbaye de Bassac, église de Saint Amant de Boixe…).